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Mathieu Bock-Côté
Revue RND, Janvier-février 2006, vol.106, n.1, p.21-22 Retrouver la fierté d’être ce que nous sommes Mathieu-Robert Sauvé
Depuis l’échec du référendum de 1995, les Québécois se sont cherché une identité plus « cosmopolite et multiculturelle » ; moins « refermée sur elle-même ». Ils ont ainsi renié leurs racines historiques et leur culture propre. Ils ont « dénationalisé » l’identité nationale.
C’est du moins l’opinion du diplômé en philosophie et doctorant en sociologie Mathieu Bock-Côté qui, à 27 ans, est déjà considéré comme un penseur avisé du débat sur l’identité québécoise. Dans son premier livre paru cet automne, La dénationalisation tranquille (Boréal), il en appelle à une meilleure affirmation de soi. « On a voulu nous faire croire qu’une société se résumait à un ensemble de lois et de chartes, en mettant de côté tous les aspects culturels et historiques. Je crois que nous avons fait fausse route. Il faut remettre l’expérience historique de la majorité francophone dans le débat sur l’affirmation nationale. Le Québec n’est pas qu’un Wisconsin de plus. C’est une société qui s’est battue pour nous permettre de vivre en français, dans une mer américaine et anglo-saxonne, sans renier son héritage particulier ».
Les propos de Jacques Parizeau sur l’argent et le vote ethnique, le soir de l’échec référendaire, étaient peut-être politiquement mal avisés, mais ils étaient sociologiquement avérés, selon Bock-Côté. Cela ne veut pas dire que les souverainistes doivent abandonner l’idée de convaincre les immigrants et les citoyens issus des minorités culturelles du bien-fondé de leur projet. « Au contraire, je pense que si les Québécois affirment avec fierté ce qu’ils sont, d’où ils viennent et ce à quoi ils croient, cela aura un effet bien plus efficace sur les Néo-Québécois que n’importe quel discours d’intégration », lance-t-il.
D’ailleurs, le peuple exprime de plus en plus son identité véritable, estime le jeune penseur. Le vif intérêt suscité par la Commission sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, ainsi que le tumulte provoqué par les règlements municipaux de Hérouxville, sont des manifestations populaires qu’il faut savoir interpréter. « Les élites échangent entre elles et le peuple parle », dit-il.
Le vent de droite qui souffle sur le Québec préparant la voie à une éventuelle victoire de l’Action démocratique l’inquiète-t-il ? Pas le moins du monde : « Dès qu’il y a affirmation identitaire, on craint la dérive d’extrême-droite, on agite le spectre de l’homophobie. Non, nous ne voulons pas de Jean-Marie Le Pen au Québec. Il n’y en aura pas. Mais il faut cesser de confondre l’ouverture à l’autre et le reniement de soi.
Face au débat sur le nationalisme ethnique, porteur de drapeau, et le civique, fondé sur le principe des libertés individuelles, Bock-Côté refuse de trancher. Pour lui, il n’y a qu’un nationalisme, à la fois culturel et politique. « Nous devons adopter une vision décomplexée de nous-mêmes. Il faut nous réapproprier l’idée d’appartenance culturelle ».
L’ « intellectuel hyperactif », comme le désigne le critique des essais québécois du Devoir Louis Cornellier, est déjà à pied pour rédiger son deuxième livre, portant sur la crise mondialisée du multiculturalisme. |



Nul peuple ne résisterait à une telle épreuve. Cette manie singulière de se dénigrer soi-même, d’étaler ses plaies, et comme d’aller chercher la honte, serait mortelle à la longue. Beaucoup, je le sais, maudissent ainsi le présent, pour hâter un meilleur avenir ; ils exagèrent les maux, pour nous faire jouir plus vite de la félicité que leurs théories nous préparent. Prenez garde, pourtant, prenez garde. Ce jeu-là est dangereux. L’Europe ne s’informe guère de toutes ces habiletés. Si nous nous disons méprisables, elle pourra bien nous croire.
Jules Michelet, Le peuple |