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Kim Kardashian : bombe sexuelle contre l’islamisme ?

2012-04-24 / Blogue du Journal de Montréal

Apparemment, nous savions tous que Kim Kardashian était une «bombe». Est-elle même une arme de destruction massive ? À tout le moins, c’est ce qu’on pense en Iran, où on s’inquiète beaucoup d’une supposée révolution culturelle et sexuelle pilotée à partir de Washington. L’objectif des Américains? Exciter médiatiquement la sexualité au pays des mollahs, dissoudre les mœurs si austères du peuple d’Iran, verser partout l’acide de la sensualité sur une société qui aurait justement censuré la promiscuité entre les sexes. Faire exploser le régime non pas en déclenchant une opération militaire contre lui, mais en fragilisant ses fondations morales. Ne disait-on pas autrefois que la plume était plus forte que l’épée? Dira-t-on aujourd’hui que le sein librement exposé est plus efficace qu’un bombardier furtif?

On peut retenir une chose de cette amusante nouvelle qui en dit beaucoup sur la congélation mentale du totalitarisme islamiste: tout régime politique entretient une relation particulière envers la sexualité. Il peut la valoriser, il peut la réprimer. Il peut encourager sa libre expression ou la canaliser vers la famille. Il peut la banaliser ou la diaboliser. Entre la révolution sexuelle soixante-huitarde dont nous sommes aujourd’hui revenus en bonne partie et le traditionalisme constipé des ennemis du plaisir charnel, il y a évidemment toute une série de «positions» possibles, qui conjuguent avec plus ou moins de bonheur les exigences de l’émancipation affective et sexuelle et celle d’une modération de la pulsion sexuelle, qui relève autant de l’instinct de vie que de l’instinct de mort, comme nous le savons. On le sait bien, le sexe est compliqué et réfère aux parties les moins «rationnelles» du désir humain.

Mais la sexualité ne saurait être réduite à une pulsion. Elle est culturellement orientée, socialement balisée, politiquement encadrée. Le grand sociologue Michel Foucault, que j’ai très souvent critiqué dans mes travaux académiques, avait toutefois bien compris que la sexualité s’inscrivait effectivement dans une histoire politique et culturelle. Une chose est certaine : aucun régime politique ne peut faire l’économie de cette part absolument irrépressible de l’existence humaine. Tout régime qui réprime ou occulte exagérément la sexualité finira par s’assécher puis se fissurer. Un régime qui assimile toute forme d’émancipation sexuelle à une irréversible décadence est contre-nature et poussera l’homme à développer des pathologies affectives souvent ridicules, quelquefois dramatiques.

Cela ne nous dispense pas de nous désoler de l’hypersexualisation de la société occidentale. Cela ne nous dispense pas d’analyser les pathologies de l’émancipation, qui sont nombreuses, qui sont indéniables. L’œuvre de Michel Houellebecq, par exemple, nous montre bien comment la révolution sexuelle a mal tourné pour bien des catégories de la population. Mais cela nous donne le droit de nous moquer de ceux qui ne cherchent pas à civiliser le sexe mais à l’éradiquer et qui assimilent chaque érection non-encadrée par les balises du mariage, de la procréation et de la religion à un défi idéologique envers la sainte moralité commandée directement par les écritures divines. Je préférerai toujours notre décadence aussi agréable qu’exaspérante à l’inhumaine vertu des fanatiques d’une pureté totalitaire.

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